Le réalisateur répond à nos questions

Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser un film pour les enfants ?

Aujourd’hui, lorsque l’on emmène nos enfants au cinéma, on ne leur raconte plus d’histoires authentiques proches de la réalité. Trop peu de films pour les enfants sont ancrés dans notre propre culture, il m’a semblé important d’imaginer un récit qui se rapporte à notre environnement quotidien.

Qu’est-ce qui vous a poussé à développer une histoire dans un univers très naturaliste ?

Dans ce film, ce qui nous semble fondamental à mon frère Yves, co-scénariste et à moi, c’est le regard de la petite fille sur le monde réel, à une époque où la plupart des films familiaux transportent les enfants dans des mondes imaginaires en images de synthèse. Lorsque j’observe mes enfants, je les sens enthousiastes lorsqu’ils viennent de voir un film « jeune public », mais rarement transportés ou émus. Pourtant, avec “Pom le Poulain“, notre premier film, nous avons appris qu’une histoire inscrite dans la réalité permettait aux enfants d’avoir une identification émotionnelle très forte. C’est aussi ce que nous voulons offrir avec “A pas de loup“, car il est devenu trop rare de voir une histoire dont les enjeux et les événements pourraient être réellement vécu par eux.

 

“A Pas de Loup” s’adresse-t’il aussi aux adultes ?

L’ambition était de transmettre une émotion profonde, sincère, de faire un film familial ayant un double niveau de lecture, afin que les adultes soient également touchés par cette histoire. Le parti pris de la voix intérieure nous fait entrer dans la tête d’une petite fille de six ans et nous rappelle que les sensations ressenties par les enfants ne correspondent pas à celles des adultes.

A travers l’aventure que vit Cathy, vous parlez aussi des rapports parents-enfants ?

C’est pour moi, le sujet central du film. Dans ce monde frénétique où tout va très vite, avons-nous le temps de nous mettre au niveau de nos enfants et de les regarder grandir, comme Cathy prend le temps de regarder ses graines pousser ? Nous essayons de combler nos enfants matériellement, mais que vivent-ils avec nous, et que faisons-nous pour nous mettre à leur niveau et comprendre ce qu’ils ressentent  ? Bien que ses parents semblent se préoccuper d’elle, Cathy a l’impression de ne pas exister dans le regard de son père et de sa mère, et c’est en poussant ses sentiments de petite fille à l’extrême qu’elle décide de disparaître. Elle vit la problématique de beaucoup d’enfants et des familles d’aujourd’hui, où les parents sont plein de bonnes intentions, mais sans arriver à ménager un espace de temps à consacrer à leurs enfants.

Pourtant, les parents de Cathy prennent le temps de l’emmener en week-end ?

En emmenant Cathy au bon air de la campagne, les parents pensent bien faire, mais ils ne se soucient guère des sentiments de leur fille. Du haut de ses 6 ans, Cathy a l’impression d’être totalement invisible. De son point de vue d’enfant assise à l’arrière, qui voit ses parents de dos, elle est prisonnière, elle étouffe dans un monde aseptisé à température régulée où elle doit être sage, proprette, hygiénique et discrète. D’ailleurs, au début, la ville de Paris et la voiture sont montrées belles et chaleureuses comme une publicité, mais cette réalité confortable a tendance à anesthésier les sens et les émotions. A la campagne, en recevant des graines “magiques” d’un vieux travailleur journalier, Cathy va commencer son voyage initiatique. Sa petite voix intérieure évolue et son regard sur le monde change en quittant le morne confort familial pour découvrir la réalité de la vie sauvage. Perdue dans la forêt, elle est comme Robinson Crusoé. Pour survivre, elle doit s’adapter et découvrir les gestes primitifs : se nourrir, se protéger des prédateurs, s’abriter des intempéries, et nouer des liens avec son environnement.

La forêt, des graines “magiques”, des prédateurs, c’est un conte de fées ?

“A pas de loup“ est plutôt un conte moderne qui voyage de la ville à la campagne pour se conclure en pleine nature. En essayant de raconter une histoire simple, de manière inconsciente, nous nous sommes retrouvés avec de nombreux éléments faisant référence aux contes de fées de notre enfance : la forêt, la bête, les graines “magiques“, les fils de laine semblables aux cailloux du Petit Poucet… Tous ces éléments font partie de notre patrimoine imaginaire commun. Dans “A pas de loup“, ils apparaissent, mais ils sont ancrés dans le réel. Et ce qui les rend magiques, ce sont les découvertes de Cathy sur le miracle quotidien de la vie, des saisons et de la nature.

 

Quel regard portez-vous sur votre actrice principale en sachant que c’est votre fille ?

En fait, je suis profondément étonné de la maturité avec laquelle, sous ses dehors de petite fille, elle a abordé son métier d’actrice. Avec une facilité déconcertante, elle a réussi à transmettre des émotions et ses réflexions intérieures sur son visage avec une grande justesse. Au niveau de son jeu d’actrice, c’était l’un des challenges les plus importants du film : réussir, sans le support des dialogues, à exprimer et à transmettre ses émotions et les inflexions de sa pensée par ses simples attitudes.

Qu’est-ce que vous voudriez dire aux parents qui emmènent leurs enfants au cinéma ?

Il me semble important de faire des films familiaux qui soient vécus comme une expérience que les enfants et les parents partagent ensemble, et qu’ils soient chacun impliqués émotionnellement et qui, sans doute, les aide à se comprendre.

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Written on May 3rd, 2011

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